Aider les agents d’entretien à préserver leur santé physique

« De nombreux aménagements de poste étaient réalisés pour maintenir dans l’emploi des agents d’entretien des locaux des collectivités. C’était assez récurrent. Forts de ce constat, nous voulions proposer une réelle démarche de prévention des risques », explique Céline Donzelli, conseillère en prévention au sein du service santé au travail du centre de gestion de la Haute-Loire (CDG 43). Au total, 270 collectivités sont adhérentes au service de santé au travail du CDG 43, et plus de 700 agents, fortement sollicités pendant la crise sanitaire de la Covid-19, exercent un métier d’entretien. En 2021, un groupe de travail associant les agents du service santé au travail et des représentants du CHSCT (11 personnes) est alors créé au sein du CDG 43 pour réfléchir à cette problématique et devenir force de propositions.

Enquêtes et études ergonomiques

Courant 2021, le groupe commence par mener des enquêtes de diagnostic auprès des collectivités adhérentes et des agents concernés sur les risques professionnels (TMS, gestes et postures, pénibilité, etc.), et réalise en parallèle quelques études ergonomiques. « Douleurs physiques chroniques, matériels et produits inadaptés (variables selon les collectivités), absence de référentiel métier, personnel vieillissant, manque de formation et de reconnaissance : les différentes études conduisaient aux mêmes conclusions », précise Céline Donzelli.

Démarche partenariale

Peu de temps après, une réunion est organisée avec la MNT lors de laquelle la mutuelle présente son expertise et son accompagnement en matière de prévention, ainsi que son précieux partenariat avec Kiné France Prévention (KFP). Banco ! À la suite de cette réunion, le CDG 43 décide de s’appuyer sur la MNT pour concevoir, animer et soutenir financièrement un parcours de formation destiné aux agents d’entretien. Entre mars et septembre 2022, plusieurs séances de travail ont lieu avec, autour de la table, le CDG 43, bien sûr, la MNT, KFP et également le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT), partenaire incontournable de la formation sur le territoire. « Notre volonté était de professionnaliser ces agents et de les valoriser, de les aider à préserver leur santé, à réduire les risques physiques, et aussi de leur donner les moyens techniques de faire du nettoyage intelligent, c’est-à-dire d’avoir la compétence, la connaissance et la légitimité nécessaires pour décider de passer une étape et de faire autre chose », souligne Céline Donzelli.

Le programme de formation proposé est particulièrement innovant pour ce territoire qui reste assez rural. Outre son intérêt majeur qui est de mélanger le professionnel et la santé, il s’adresse à une population à haut risque qui n’est globalement pas assez prise en considération, à savoir les agents d’entretien. »

Christian Meignan, coordinateur de la formation chez Kiné France Prévention

Mouvements préventifs

Le parcours de formation, composé de quatre modules successifs animés par Kiné France Prévention (KFP) et le CNFPT, débute en novembre 2022 auprès d’un groupe pilote de douze agents. Puis il est dupliqué et proposé à l’ensemble des collectivités adhérentes du CDG 43, qui peuvent alors y inscrire leurs agents (avec un coût minoré de 183 euros par personne), sur trois secteurs géographiques du territoire. L’objectif en 2023 et en 2024 est de former une centaine d’agents via neuf sessions. Au programme : connaissances sur le fonctionnement locomoteur, mouvements préventifs personnalisés, initiation au port de charge, mise à niveau sur les différents produits d’entretien, amélioration des situations à risque, et apprentissage des différentes techniques, matériels et méthodes de travail.

Faire bouger les lignes

À ce jour, une soixantaine d’agents sont déjà formés. Bien qu’il soit encore trop tôt pour dresser un bilan par rapport aux TMS, « une chose est sûre : cela a fait bouger les choses ! », selon Céline Donzelli. « Les agents ont intégré l’idée qu’ils font de l’entretien des locaux et non pas du ménage comme à la maison. Ils ont compris la différence, ainsi que la nécessité d’avoir du matériel adapté. À leur demande, de nombreuses collectivités ont d’ailleurs fait l’acquisition de nouveau matériel. À plus long terme, nous espérons bien sûr que ce parcours de formation aura un réel impact sur leur santé physique et pourra prévenir et/ou soulager les différentes pathologies et douleurs. »

Tous mobilisés

Autre point positif : tous les agents d’entretien ont été mobilisés, y compris les jeunes et ceux qui n’ont pas de pathologie, car les agents qui ont déjà suivi la formation ont essaimé les bonnes pratiques auprès de leurs collègues. Quant à la MNT, « l’équipe a été au top ! Nos interlocuteurs ont été tout de suite intéressés et motivés par notre projet, et ils ont fait le maximum pour que cela se passe au mieux », affirme Céline Donzelli, fière de cette démarche partenariale innovante.

À savoir

Le saviez-vous ?

Dans les collectivités territoriales, 70 % des accidents de travail, 80 % des restrictions médicales et 90 % des maladies professionnelles concernent des affections de l’appareil locomoteur ! Un trouble musculo-squelettique (TMS) déclaré génère en moyenne 400 jours d’arrêt, pour un coût de 21 000 euros, et 40 % d’entre eux conduisent à des séquelles. Le risque physique et la pénibilité représentent donc une problématique majeure pour les élus et les cadres territoriaux.

© GettyImages, DR

Article publié le 22/01/2024

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