L’ouverture des organisations territoriales fait émerger un nouveau type de DGS

Si les évolutions politiques, institutionnelles et sociétales qui impactent les organisations territoriales ont conforté le directeur général des services (DGS) dans son rôle de pilote opérationnel de l’action publique locale, elles l’ont également contraint à adapter sa pratique professionnelle à de nombreuses situations inédites. Une mutation qui s’est accélérée et amplifiée avec la succession des crises écologique, sociale et sanitaire auxquelles les collectivités ont dû faire face ces dernières années.

Quel est aujourd’hui le périmètre des interventions du DGS ? Comment évoluent ses relations avec les autres acteurs publics et les usagers ? Quels sont les conséquences de ces changements sur le management des équipes territoriales ? Autant de questions auxquelles répond une récente étude publiée par l’Observatoire MNT, Directeur général des services : DGS, que deviens-tu ?. Conduite par le sociologue Jérôme Grolleau, cette immersion dans l’univers des DGS s’appuie sur 41 entretiens réalisés entre octobre 2019 et juillet 2020 avec des directeurs généraux d’institutions communales, intercommunales et départementales, des représentants syndicaux et associatifs, ainsi qu’un élu local.

L’un des changements les plus marquants mis en exergue par cette étude découle de la montée en puissance de l’intercommunalité. Transferts de compétences, mutualisations des politiques publiques, fusions et émergences de nouvelles communes, autant de dynamiques qui ont modifié significativement l’action du DGS dont les interventions doivent désormais tenir compte des interdépendances territoriales. « Quel que soit le lieu, pour l’action sociale comme pour l’accueil, on est tous liés les uns aux autres : communes, intercos, département, etc. Il faut donc travailler ensemble pour les usagers », confirme l’un des témoins de l’étude.

La culture et les pratiques du DGS à l’épreuve de l’intercommunalité

Cette nouvelle dimension de l’action du DGS se traduit à la fois par des changements pratiques dans l’organisation de son travail (il doit, en effet, passer plus de temps dans des réunions de coordination, parcourir de plus grandes distances au sein de son territoire, mobiliser davantage d’acteurs…) et par l’acquisition de compétences parfois éloignées du répertoire culturel et professionnel de la territoriale (négocier, entretenir un réseau relationnel, pratiquer le compromis…). « C’est un grand changement dans le métier, on devient une interface », affirme notamment un DGS.

Par ailleurs, selon l’étude, cette situation nouvelle est diversement appréciée sur le terrain. Pour certains directeurs de services, notamment dans les petites communes, ces mutualisations sont vécues comme une perte d’identité et une réduction de leur capacité d’action tandis que d’autres DGS vivent positivement cette évolution qui leur apporte un surcroît de moyens et leur permet d’actionner de nouveaux leviers pour satisfaire les besoins des usagers. Toujours est-il que la coopération est désormais un concept opérationnel dont il est impossible de se passer. « Assumer l’interdépendance au sein du bloc local, c’est reconnaître que mes ressources sont aussi chez l’autre, que ce que je fais a un impact sur lui et réciproquement ; que nous avons une histoire commune et des enjeux communs, que nos territoires sont intriqués et nos politiques publiques entremêlées », résume un acteur public local interrogé.

L’action du DGS réinventée par l’entrée en scène des usagers

L’entrée en scène des usagers constitue un autre paramètre que le DGS doit aujourd’hui intégrer dans sa pratique professionnelle. « Ils ne sont plus les simples bénéficiaires du service rendu. Leur impact sur la conception du service comme sur la décision est désormais plus sensible. Dans ce cadre, le DGS se construit peu à peu comme l’architecte de la co-fabrication du service public local au service du politique », explique Jérôme Grolleau.

De tels changements conduisent le DGS à adapter en permanence l’action de l’administration aux enjeux sociaux, écologiques et démocratiques de son époque. Tous les DGS interrogés reconnaissent l’importance de la prise en compte dans la conception et la production des politiques publiques de ce qu’ils nomment « l’expertise d’usage ». Reste que cette dynamique « d’intrusion » des usagers expose le système à une forte déstabilisation que le DGS doit aujourd’hui apprendre à gérer et à surmonter.

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Article publié le 26/11/2021

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