Grand âge : l’action des 'invisibles' décryptée

Epuisés, précarisés, surexposés aux accidents du travail et aux maladies professionnelles, mais fiers d’exercer des métiers riches de sens et d’utilité sociale. Tel est le portrait des professionnels du grand âge que dessine en creux la 28e étude réalisée par l’Observatoire MNT, Les métiers territoriaux du grand âge, des professionnels du lien en attente de stabilité*. Cette étude souligne, en préambule, l’extrême diversité des profils de ces hommes et (surtout) de ces femmes qui prennent soin au quotidien des aînés, notamment des plus fragiles. Des professionnels à la fois « méconnus et peu reconnus » dont le rôle essentiel a été brièvement mis en lumière pendant la crise sanitaire, avant de redevenir des « invisibles ».

*L’étude Les métiers territoriaux du grand âge, des professionnels du lien en attente de stabilité s’appuie sur une soixantaine d’entretiens menés avec des agents territoriaux, des élus locaux et des experts ou personnes-ressources (CNFPT, centres de gestion, conseils départementaux, organisations syndicales, mutualistes du Groupe VYV, etc.).

Une multitude de profils et de statuts

Si, malgré le nombre des intervenants (830 000 salariés en équivalent temps plein d’après les chiffres du ministère de la Santé), les métiers du vieillissement et de la dépendance passent souvent sous les radars de la société, c’est d’abord en raison des multiples statuts qui cohabitent au sein de ce secteur d’activité. En effet, ces acteurs sociaux et médico-sociaux peuvent être fonctionnaires territoriaux ou hospitaliers, contractuels, salariés de structures privées ou associatives. Ils travaillent aussi bien au domicile des personnes âgées que dans les maisons de retraite ou les structures hospitalières, notamment en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ou en résidence autonomie. Ils peuvent exercer leur métier à plein temps, mais le plus souvent ils cumulent vacations et missions de courte durée.

L’Observatoire MNT met, en outre, en évidence la place de plus en plus importante qu’occupent les professions du grand âge dans la fonction publique territoriale, puisque 56 000 agents des collectivités interviennent aujourd’hui dans ce champ. Le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) recense d’ailleurs une vingtaine de métiers en lien avec le grand âge : des aides à domicile aux directeurs de centre communal d’action sociale (CCAS), en passant par les aides médico-psychologiques, les infirmiers et les directeurs de foyers-logements. D’autres personnels positionnés en périphérie du secteur du grand âge sont également mobilisés quotidiennement pour le bien-être des personnes âgées et dépendantes. Il s’agit notamment des agents exerçant leur fonction dans les métiers de l’animation, de l’entretien, de la lingerie, de l’accueil ou de la restauration.

Une attractivité en berne

Autre constat : les métiers du grand âge sont impactés par des difficultés structurelles mises en évidence par les différents témoignages recueillis. Les conditions de travail éprouvantes se traduisent notamment par une fatigue physique importante des personnels soumis à l’urgence du quotidien, aux amplitudes horaires et aux temps de travail hachés. Outre les efforts répétés qu’ils doivent effectuer pour manipuler les personnes (levers et aides à la toilette), les professionnels absorbent également une forte charge émotionnelle et psychologique liée à la vieillesse et à la mort. Une pénibilité et une usure professionnelle que traduisent les chiffres officiels : les taux d’accidents du travail et de maladies professionnelles sont trois fois supérieurs à la moyenne nationale dans le secteur du grand âge selon un rapport remis au ministère des Solidarités et de la santé en octobre 2019**. Les difficultés rencontrées par les acteurs sociaux et médico-sociaux du grand âge rejaillissent bien évidement sur l’attractivité de ces métiers. Selon ce même rapport, le nombre de postes non pourvus dans ce secteur est estimé à 60 000.

En dépit de ce sombre tableau, les professionnels du grand âge se disent fiers d’exercer leur mission, fiers aussi de leurs compétences et de leur expertise tout en déplorant que ces qualités ne soient pas suffisamment reconnues par les pouvoirs publics.

** EL KHOMRI Myriam, Grand âge et autonomie. Plan de mobilisation nationale en faveur de l’attractivité des métiers du grand âge 2020-2024, ministère des Solidarités et de la santé, octobre 2019.

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Article publié le 26/12/2022

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