À l’ère de l’IA, un rôle renforcé pour les managers territoriaux

La 34e étude de l’Observatoire MNT place le discernement au cœur de l’exercice managérial pour tout projet d’intelligence artificielle (IA). Loin de s’affaiblir ou de s’effacer, le rôle des managers territoriaux se renforce pour arbitrer les usages, instaurer un dialogue, accompagner la transformation des métiers tout en veillant aux conditions de travail.

Le discernement, boussole des managers face à l’IA

À l’heure où l’IA s’impose comme une réalité, la valeur du manager territorial ne réside plus dans sa maîtrise, mais dans sa capacité à exercer son discernement : une méthode à part entière non pas pour ralentir les projets mais pour les conduire, avec rigueur et exigence. Avant de s’engager, il s’agit donc d’interroger l’opportunité de recourir à l’IA au regard du besoin réel, autant que d’en mesurer les incidences, notamment sur la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT), et parfois d’admettre que la réponse puisse être de ne pas y recourir. Le discernement implique aussi de garder le cap des principes qui fondent le service public : égalité, continuité, accessibilité et mutabilité.

Pilotage, coconstruction et dialogue : une responsabilité élargie des managers

Les choix liés au déploiement de l’IA engagent des arbitrages organisationnels, managériaux et stratégiques, avec la nécessité d’un portage politique : toute démarche d’IA doit avant tout être une décision partagée entre l’administration et les élus. La responsabilité des managers dans le pilotage des projets se trouve alors élargie : il s’agit d’anticiper et d’orienter les projets vers des objectifs clairement définis, en toute transparence et en préservant la confiance des équipes. L’étude pose d’ailleurs une condition : déployer uniquement des outils que la collectivité est en mesure d’expliquer à ses agents. Cela passe par une coconstruction avec les agents pour favoriser leur engagement et par un dialogue social engagé en amont plutôt qu’un avis en bout de chaîne.

GPEEC et formation pour anticiper et accompagner les transformations

Selon les auteurs de l’étude, les enjeux autour de l’IA tiennent davantage à la transformation de certains métiers qu’à une suppression massive d’emplois. Les inquiétudes des agents doivent d’ailleurs être prises en compte par les encadrants. Face à l’incertitude de l’impact réel de l’IA, l’étude renouvelle l'intérêt de la GPEEC. En intégrant désormais l’IA, elle éclaire les réflexions sur les méthodes d’anticipation, les leviers d’action et les garanties à mettre en place, autour de trois dimensions : la trajectoire des effectifs, l’évolution des compétences et l’attractivité. Elle suppose aussi une stratégie de formation pour outiller agents, managers intermédiaires et cadres

L’IA comme un révélateur et une opportunité

C’est l’une des recommandations de l’étude : faire de l’IA un révélateur et non un amplificateur des fragilités managériales. En modifiant les modalités du travail et en rendant visibles certaines données d’activité, l’IA peut en effet exacerber des pratiques managériales déjà problématiques. Utilisée avec lucidité, l’IA peut en revanche devenir une opportunité et un levier pour réviser des organisations devenues inadaptées, favoriser le développement des compétences et les trajectoires professionnelles, et remettre l’humain au centre des logiques organisationnelles. C’est aussi, pour les managers, réinvestir les gains de productivité permis par l’IA au service des agents et de la qualité du service rendu.

QVCT : des leviers d’action concrets pour les managers

Les incidences de l’IA sur la QVCT, grande absente des réflexions conduites en amont des déploiements, doivent être analysées et anticipées par les encadrants, en tant que garants des conditions de travail des agents et de prévention des risques professionnels. Parmi les leviers sur lesquels ils peuvent agir figurent le sens au travail, en clarifiant les orientations des projets, l’autonomie, en évitant la tentation du micro-management que permet l’accès à des données d’activité très détaillées, et les collectifs de travail, en maintenant des espaces de dialogue et des temps de travail collectifs pour préserver la transmission entre pairs.

À savoir

Une étude réalisée avec l’INET et l’AATF

Menée en partenariat avec l’INET et l’AATF, cette étude a été réalisée par six auteurs lors de leur cursus à l’INET. Elle associe Loona Coulon, Tom Durepaire, Émile Lechat, Luca Lefevre et Perrine Riazat-Wallet, élèves administrateurs territoriaux de la promotion Jacqueline de Chambrun et Marie Domingues Dos Santos, élève ingénieure en chef territoriale de la promotion Elinor Ostrom. La méthodologie repose sur une recherche documentaire et 33 entretiens approfondis conduits auprès de directeurs généraux adjoints, directeurs des systèmes d’information, directeurs des ressources humaines, chercheurs, experts du numérique, représentants syndicaux et agents territoriaux, en métropole et outre-mer.

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À savoir

Les études de l’Observatoire MNT

L’Observatoire MNT, présidé par Laurent Besozzi, vise à appréhender les enjeux managériaux et RH actuels des responsables territoriaux grâce à ses études. Ses travaux s’articulent autour de quatre collections qui interrogent l’ensemble des évolutions du monde territorial et leurs implications en matière de santé au travail : perspectives territoriales, métiers territoriaux et santé au travail, guide managérial et absences au travail.

Article publié le 30/10/2026