Charge émotionnelle et santé des femmes dans les collectivités
Si la santé mentale demeure grande cause nationale en 2026, la question de la charge émotionnelle reste encore peu identifiée dans les collectivités. Pourtant, de nombreux métiers territoriaux, notamment dans les secteurs du soin, du social ou de la petite enfance, exposent les femmes agents territoriaux à une forte sollicitation émotionnelle. Les intervenants ont partagé leurs constats et leurs pistes d’action pour mieux intégrer cette dimension dans les démarches de prévention.
Une réalité encore peu prise en compte
Selon un sondage réalisé lors du webinaire, 63 % des participants considéraient que la charge émotionnelle n’était pas prise en compte dans leur collectivité. Pour les intervenants, ce résultat illustrait le caractère encore largement invisible de ce phénomène. Pour Nicolas Trombert, formateur et accompagnateur en transformation constructive des conflits à l’ATCC®, « on pourrait le définir par une accumulation d'émotions désagréables qui seraient ressenties par les personnes dans le cadre de l'exercice de leurs fonctions et qui ne seraient pas régulées ». Selon lui, cette charge émotionnelle est difficile à mesurer car elle dépend du vécu et de la sensibilité de chacun. Elle peut néanmoins entraîner des conséquences concrètes sur la santé, les relations de travail et l’engagement professionnel.
Des métiers féminisés particulièrement exposés
Les échanges ont souligné l’exposition particulière des femmes exerçant dans les métiers du soin, du social ou de la petite enfance. Ces professions impliquent une forte dimension relationnelle et une confrontation régulière à des situations complexes. Comme l’a rappelé Norma Ray, référente prévention régionale à la MNT, « la santé des femmes n'est pas seulement la santé psychologique, c'est aussi la santé sociale, physique, et pas seulement la santé menstruelle ou hormonale ».
Elle a souligné que les métiers du care étaient souvent marqués par des interruptions fréquentes, des contraintes organisationnelles importantes et une forte implication auprès des usagers, autant de facteurs susceptibles d’alimenter la charge émotionnelle. D’où la nécessité d’intégrer davantage une approche sexuée dans l’évaluation des risques professionnels afin de mieux prendre en compte les spécificités des parcours féminins.
Managers et dirigeantes également concernés
Or, la charge émotionnelle ne concerne pas uniquement les agents en contact avec le public. Les managers et les cadres dirigeants peuvent eux aussi être confrontés à une accumulation de tensions liées aux attentes des équipes, des usagers et de leur hiérarchie. Selon Candice Bretel, de Dirigeantes & Territoires, consultante coach certifiée et ancienne directrice générale adjointe ressources en collectivités, « les cadres vivent un sentiment d'impuissance et donc ils perdent du sens ». Elle a également observé que certaines dirigeantes pouvaient ressentir une pression supplémentaire liée à la nécessité de faire leurs preuves et d’obtenir une reconnaissance professionnelle dans des environnements où elles demeuraient parfois minoritaires.
Créer des espaces de dialogue et former les équipes
Pour les intervenants, la prévention passe d’abord par la possibilité d’exprimer ses émotions dans un cadre sécurisé. Un second sondage mené lors du webinaire a révélé que seuls 46 % des participants estimaient pouvoir le faire dans leur environnement professionnel. Pour Nicolas Trombert, « l'enjeu numéro un, pour nous, c'est d'abord de remettre la relation au centre de la coopération ». Les intervenants ont insisté sur le rôle du management dans la création d’espaces de dialogue favorisant l’expression des ressentis sans jugement. Ils ont également mis en avant plusieurs leviers :
- sensibilisation à la santé mentale ;
- prévention des risques psychosociaux (RPS) ;
- accompagnement de l’encadrement et formations aux premiers secours en santé mentale (PSSM).
Norma Ray a rappelé que les collectivités pouvaient notamment s’appuyer sur les centres de gestion, le CNFPT ou encore les organismes mutualistes pour développer ces actions.
Au-delà de la santé individuelle des femmes agents territoriaux, la prise en compte de la charge émotionnelle constitue un enjeu de management, de prévention et de qualité de vie au travail. Les échanges ont montré que les collectivités disposaient de leviers concrets pour agir, à condition de reconnaître cette réalité et de créer les conditions d’un dialogue sécurisé au sein des équipes.
Visionnez ci-dessous le replay du webinaire MNT Weka du 28 mai 2026 sur la charge émotionnelle et santé des femmes dans les collectivités.
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Article publié le 05/06/2026